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jeudi 6 novembre 2025

La serviette des époux Nozière

J'ai compris bien plus tard à quoi servait réellement ce rectangle d’éponge qui se trouvait sous l'oreiller de ma mère. J'avais une dizaine d'années quand je repérai cette serviette de toilette, de petit format. De celles qu'on utilisait pour "les pieds" à cette époque où la douche quotidienne était proscrite. On se débarbouillait le haut devant le lavabo et le bas grâce au bidet qui peuplait alors toutes les salles de bains, comme encore aujourd'hui en Espagne ou en Italie. Il y avait donc une serviette pour chaque partie, si j'ose dire, du corps. Je reviens à cette serviette de nuit. Un jour où j'aidais ma mère à faire son lit conjugal, je lui posais la question. Enfin, j'osais la poser plutôt car je sentais bien que cela relevait de l'intime. Or chez ces gens-là, on ne parlait pas de l'intime dont l'évocation se limitait aux grivoiseries des repas de famille quand les oncles à bretelles lâchaient des vannes dont on essayait de se saisir pour comprendre quelques bribes des mots du corps. Ma mère avait répondu sans hésiter qu'il lui arrivait de baver la nuit et qu'elle mettait la serviette sous sa joue pour éviter de mouiller les draps. La réponse avait fusé, toute prête comme une évidence, une simple vérité qu'on n'a pas de raison de cacher aux enfants. Je pèse aujourd'hui tous les mots de la réponse. Je n'ai alors pas vraiment douté d'elle mais l'imaginer en train de baver dans son lit m'avait troublé. Ma mère était à l'époque une femme d'une quarantaine d'années, que je trouvais très belle et très classe pour notre condition modeste. C'est sans doute pour cela que cet instant, et cette image décalée, me sont restés en mémoire. Dans Violette Nozière de Chabrol, il y a cette scène, que je n'arrive pas à qualifier d'amour, entre les parents incarnés par Stéphane Audran et Jean Carmet, où la mère sort la serviette pour épargner le lit. Une scène terrible pour moi, au delà du sujet du film* qui m'a profondément marqué. Ce n'était pas au cinéma, à sa sortie. Je l'ai vu plus tard à la télévision, probablement chez mes parents, et avec eux, alors que j'étais encore un adolescent très ingénu. J'ai toujours aimé Stéphane Audran. Avec du recul, je comprends que je retrouve de ma mère en elle. C'est peu dire que je n'avais aucune admiration pour mon père. Approcher d'aussi près avec cette scène, la relation sexuelle entre mes parents, avec des acteurs qui pouvaient facilement m'identifier l'une et l'autre, comprendre brutalement l'usage de la serviette, tout en les ayant à côté de moi, chacun dans son fauteuil, fut une curieuse révélation.

*Le film de Claude Chabrol est inspiré de l'histoire véridique de Violette Nozière, qui défraie la chronique, dans les années 1930. « Crime, sexe, mensonges, cupidité, immoralité, émancipation féminine, éducation » se croisent dans cette affaire qui fait plus que frémir la « bonne société » de l’époque. Condamnée à mort pour parricide en 1933, sa condamnation est commuée en peine de travaux forcés avant qu’elle ne soit graciée en 1945. Au procès, on avait ignoré l’accusation d’inceste formulée par Violette contre son père. Violette Nozière sera réhabilitée en 1963. Dans son film, Chabrol, peu convaincu par le récit de Violette, ne fait que suggérer l’inceste. Un documentaire diffusé sur France 3 cette année, remet en perspective cette histoire, en donnant la parole aux enfants de Violette, y compris sur la manière dont Chabrol s’est approprié le sujet contre l’avis de la famille (à ce propos la notice de Wikipedia sur le film mériterait d’être actualisée). Dans sa dénonciation des perversions sociétales, il est regrettable que Chabrol n’ait pas mieux considéré la parole des femmes, mais le film fut tourné dans les années 1970... 

Image : Jean Carmet, Isabelle Huppert et Stéphane Audran dans Violette Nozière, film de Claude Chabrol (1978). 

vendredi 7 février 2025

Jouer avec le feu


Je ne me suis jamais opposé politiquement à mon père. J’ai même testé brièvement des trucs qu’il ne désavouait pas comme adhérer à une organisation politique de jeunesse à gauche, ce qui fit flipper ma mère, et ne dura pas longtemps car trop stalinien à mon goût. Mon esprit libre ne supportait pas qu’on me dise ce qui fallait que je pense sans débat. Pourtant les sujets de divergence avec mon père ne manquaient pas. Nous nous sommes bien opposés depuis l’enfance jusqu’à ce jour d’adolescence où il a levé la main sur moi en famille et où je lui ai fait comprendre physiquement et pacifiquement qu’il fallait qu’il arrête.

mercredi 21 août 2024

Partir trop tard... (mitigé)

Ma préférée des photos de Delon diffusées largement ces derniers jours est extraite d’une série de clichés prise par Giancarlo Botti sur le tournage du film Les aventuriers de Robert Enrico (1967). J’aime cette image à 32 ans où il porte une belle maturité. Son regard légèrement inquiet change de cette assurance conquérante voire arrogante qui fut mise en valeur dans nombre de ses films.

dimanche 22 mai 2022

De la nudité et du doublage

Meryl Strepp apparaît nue très brièvement dans Don't look up. Leonardo du Caprio aurait exprimé des doutes sur l’utilité de la scène, eu égard à l’image de l’icône du cinéma. Je partage le point de vue de Sophie Fontanel ("Pourquoi le corps d’une femme d’un certain âge suscite-t-il toujours autant de gêne ?") mais ce n’est pas mon propos.

lundi 15 novembre 2021

Amants

C’est le nom du dernier film de Nicole García. Avec Pierre Niney et Benoit Magimel. Je ne sais pas si j’irai le voir, une question de temps car tout, la réalisatrice et les acteurs, devraient m’inciter à le faire. Un élément pourrait me conduire à prioriser la sortie : qu’il se passe quelque chose entre Pierre et Benoit.

lundi 8 novembre 2021

Cinéma miteux


Je ne suis jamais allé dans un cinéma porno. Je ne sais même pas si ça existe encore. Dans la ville où j'ai grandi, il y avait quelques cinémas de ce type. Je ne sais même pas si on y passait des films gays. Nous étions des ados sages, seul l'un d'entre nous était allé voir une prostituée. Il pensait que c'était un passage obligé pour apprendre. On ne lui demandait rien mais il avait raconté un peu. Je ne m'en souviens pas. Rien que l'idée d'aller trainer dans ce quartier alors sordide du centre ville me paraissait surréaliste. Au ciné, on allait voir des bons films je veux dire des films d'auteurs, dans l'une des trois salles d'art et d'essai de la ville, parfois un grand film français ou étranger, mais jamais des superproductions américaines, seulement le dernier Disney pour accompagner nos nièces et nos neveux.

vendredi 5 novembre 2021

Illusions perdues

Je partage l’opinion  dithyrambique de Silvano qui nous livre aussi ses commentaires avisés sur la bande musicale, j'hésite à utiliser l'expression pour d'aussi grande musique ? Je lis les commentaires du Masque et la plume retranscrit sur le site d'Inter. L'un des participants fut gêné par les références très actuelles. On pense bien sûr au Masque lui-même, à l'idée d'un banquier dans un gouvernement (note au passage que Pompidou le fut bien avant Macron) et au modèle économique de la Presse.

samedi 26 juin 2021

Au delà du réel

Killian Jornet (c) We Champ

The Father
, le film de Florian Zeller, m'a profondément troublé. C'est typiquement le genre de film qui me rend impossible la moindre distance avec ma propre vie. Je n'étais pas loin de pleurer comme une madeleine, comme pour Tendres passions qui m'avait faire revivre la fin de Cerise, une situation que j'avais très mal vécu car la personne qui m'accompagnait avait trouvé que le film en faisait des tonnes et en avait beaucoup ri.

dimanche 18 avril 2021

Coup de cœur

Télérama annonçait le Juge et l’assassin. J’étais seul et fatigué et j’eus envie de revoir quelques scènes de ce film mémorable. Le film était déjà commencé et aux premières images les landes du pays taiseux n’étaient pas au rendez-vous. Et pour cause, la programmation avait changé, je me retrouvais dans un commissariat de police avec l’étonnant Patrick Dewaere. 

vendredi 26 février 2021

Du cinéma d’époque et autres considérations (à Matoo)

J'allais commenter un billet de Matoo. Mon commentaire était si long, je risquais de le truffer de fautes de frappe, le sujet m'a si souvent posé questions et j'ai si peu publié dans mon mois en creux de février que j'en fait plutôt un billet en écho. Toute ma vie, j'aurais rêvé d'être prof d'histoire et il m'en résulte une attachement très fort à ce que l'on appelle souvent la "vérité historique", que je préfère mettre entre guillemets, car comme chacun ne sait pas, en particulier une bonne part de nos élites politiques qui ne lisent plus depuis longtemps, le recensement permanent des faits historiques et leur analyse ouvre régulièrement de nouvelles perspectives sur le passé.

De l’importance ou pas de la reconstitution des époques mais aussi de celle d’avoir des comédiens les plus proches possibles de leurs rôles. Matoo titre son billet selon ce procédé suranné qui indique très clairement ce dont on va parler. C'est ici.

vendredi 7 octobre 2016

Nathalie et moi

Agnès Jaoui - Patrick Swirc
Elle est arrivée d'un pas vif, dans un mouvement capillaire, suivie par son staff de quelques hommes. Comme nous étions dans ses murs, elle ne portait pas son cuir, elle donnait le sentiment d'être venue en toute simplicité.

jeudi 28 janvier 2016

Lambert était un sacré beau gosse

Quelques éléments communs font une association d'idées. Cette image publiée par Silvano m'a fait penser à ce plan de la femme publique.

mardi 24 novembre 2015

L’envers du décor


Jacquou le croquant est un vieux souvenir d’enfance. A une époque où j’étais fasciné par la monarchie, il m’a révélé brutalement la condition paysanne sous l’ancien régime, dans une période pour laquelle le mot de restauration prenait tout son sens. Le comte de Nansac m’est resté comme l’archétype de l’aristocrate exécrable.
Je n’ai jamais revu la série. Dimanche soir passait le film, que j’avais raté à sa sortie. Malgré la critique de Télérama « Quand il réalisait des vidéoclips pour Mylène Farmer, Laurent Boutonnat les emballait d'une apparence de vrais films. C'était sa spécialité : donner l'illusion du cinéma. Maintenant qu'il tourne pour le grand écran, l'illusion se révèle impossible à tenir… », ou peut-être à cause d’elle, je m’obstinais à regarder ce condensé peu crédible d’une histoire assez riche et dont on se prend à espérer que le film soit remonté en une version longue. Non qu’il soit inoubliable, mais je tombais sous le charme de Gaspard Ulliel, que j’ai vu peu jouer depuis un long dimanche de fiançailles. J’avais déjà été séduit par son corps fin et longiligne, et surtout par ce regard sur un visage émacié très particulier.
Je te passe les détails du film. Le moment que j’ai préféré c’est celui il recueille la fille de Nansac détrempée et la met à sécher devant un bon feu, protégée de son regard par un drap tendu. Lui-même se désape, la fille glisse un œil par-dessus le drap au moment où il a le dos tourné, dévoilant un fessier que je n’aurais pas su imaginer.
J’ai pu voir depuis que Gaspard Ulliel avait osé plusieurs fois le nu intégral facial notamment dans Saint-Laurent, que j’ai raté également. On trouve également quelques poses érigées où il se confirme qu’il est diablement monté. Mais je reste troublé par la beauté de son envers.



samedi 6 juin 2015

Glanes #14 calme plat côté baise ho

Que te dire pour t'inviter à lire ce post ? Que je suis retourné plusieurs fois au cinéma ces dernières semaines et que j'ai aimé tout ce qu'ai vu ? Que l'académisme m'agace ?