jeudi 29 octobre 2026

La mort rode, c'est la saison

J'ai failli me rater pour publier ce billet du mois. Demain je pars au pays taiseux, c'est la saison des chrysanthèmes, mon accès à ce blog sera sans doute très limité, vu ce que m'inflige Google depuis que j'ai changé de phone. J'enchaine toujours les blocages pour alerte de sécurité, bien que j'ai toujours confirmé que c'était bien moi qui m'était connecté. Cela bride beaucoup ma capacité à écrire ici.

Depuis juillet, je flotte dans une drôle d'ambiance. Bien sûr la température, la sécheresse, les incendies, mes paysages décharnés, mais pas que. J'ai beaucoup pensé à la fin, la mienne, mais pas seulement. Par rapport à tout ce que j'ai vécu depuis le plus loin que ma mémoire remonte, je n'avais jamais ressenti autant cette sensation de fin d'un monde (je ne crois pas à la fin du monde). J’écris autant, car j'en aurais vu disparaître des mondes, mais c'était plutôt des fins de cycle, type ce que représentent - je te laisse méditer le choix des exemples - la fin du minitel, de la cassette audio, d'une certaine agriculture ou des langues ancestrales. Mais là, c'est plus global, une ambiance comme celle du passage du monde celtique au monde chrétien (voir le cycle des Brumes d'Avalon, de Marion Zimmer Bradley [1983]). Malheureusement, il n'est pas question de s'échapper comme les elfes, à la fin de leur temps, quittant la terre du Milieu. 

Et forcément la question de sa propre fin rejaillit. J'ai cru, par une conjonction de signes et la succession de pertes d'êtres chers fauchés dans la fleur de l'âge, que j'étais programmé pour ne pas vivre au delà de la cinquantaine, mais j'ai accédé à une période où tout dépassement devient bonus. Si finalement je bénéficie de la génétique de mes deux  parents et que je moyenne leur durée de vie, nonobstant le fait qu'ils ont grandi avant les années cinquante et qu'ils ont fait de moi un enfant de vieux, profitant à plein des méfaits de l'agriculture intensive, je peux potentiellement bénéficier encore de près d'un quart de siècle en bonne santé. Je n'ose à peine penser à toutes les horreurs que je pourrais connaître.

Mes pensées s'entrechoquent, mais ce n'est pas nouveau, entre ce qu'il me reste à finir, ce que je devrais trier et ranger, ou moins terre à terre, par quoi le déclin va commencer. Sur ce dernier point c'est surtout une sorte de curiosité car je ne suis pas hypocondriaque et il faut bien finir de quelque chose, en espérant que ce soit le moins douloureux et le plus tard possible. Je reste assez pragmatique et statistiquement confiant. Si par exemple, en me mettant un doigt où tu penses, je sens une glande un peu trop grosse, je vais faire fissa pour être au clair et écarter si possible l'hypothèse maligne (c'est fait et sache que cette hypothèse ne concerne qu'un homme sur 7 et qu'il n'y avait pas de raison a priori que ce soit moi).     

Enfant, j'avais vécu quelques mois obsédé par la mort. Cette obsession m'avait quitté avec la foi. Quand j'étais adolescent, j'écoutais beaucoup Brel. Son dernier disque m'avait touché au point de noter sur mes papiers de lycéen "Mourir, cela n'est rien / Mourir, la belle affaire! /Mais vieillir, oh, oh vieillir "(Vieillir, in album Les Marquises). Je souris, vieillir n'est pas forcément si difficile pour moi aujourd'hui. On s'habitue à tout, même à l'idée de disparaitre et de n'être plus. On s'habitue à tout ou presque, je ne crois pas que je me ferai au monde qui se dessine. 

 

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