vendredi 9 décembre 2016

L'histoire de Maurice. 7, parfum de toi

A single man (Tom Ford, 2010)
Après cette nuit unique, nous nous réveillons tard . Serrés l'un contre l'autre, la vigueur retrouvée, notre étreinte reprend. Je confirme quelque chose d'étonnant. J'ai une attirance exceptionnelle pour Maurice qui se traduit par une proximité physique jamais rencontrée. Son corps, sa peau, son odeur, je ne sais comment exprimer cela mais je n'ai aucun réserve.
Nous quittons l'hôtel en fin de matinée pour retourner dans la vieille ville. Nous visitons comme un couplet discret, une paire d'amis en apparence, par crainte d'une rencontre fortuite. Bien nous en prend, je croise un collègue avec ses deux têtes blondes.
J'ai envie de prendre Maurice en photo. Il ne veut pas. Il n'aime pas les photos. Il préfère que je me souvienne de lui de mémoire. J'aurais tant aimé capter son sourire. Mais quand j'écris cinq ans plus tard, il est toujours là. Il ne s'est pas effacé mais je ne saurais pas le dessiner.
J'ai pris deux photos de lui néanmoins, de dos. Sur l'une d'elle, il descend une rue, j'ai figé sa marche, sa fine corpulence et l'implantation de ses cheveux. Sur l'autre, nous sommes sur le rempart, il photographie un couple d'étrangers. Il est de trois-quarts, mais son visage apparait à peine.
Je lui parle de cette ville, de son histoire, de ce qu'elle représente pour moi. J'ai fini de lire quelques jours auparavant une épopée moyenâgeuse qui hante ces lieux. Maurice donne des traits à quelque héros qui m'a troublé.
Nous trouvons un petit restaurant. Nous parlons encore, je le regarde, il me fascine.
L'après-midi avance, je sais qu'il voudra partir bientôt. Il n'a pas trop su quoi dire aux amis avec lesquels il passe son temps habituel.
Il est troublé. Parfois il croit qu'il va leur dire qu'il a rencontré un garçon, je souris à l'idée qu'il puisse me présenter à eux. Mais il sait bien qu'il n'osera pas. Je le sais encore plus que lui.
Nous allons partir chacun de notre côté. Quelle issue commune pourrions nous trouver ?
C'est l'heure.
Nos voitures nous attendent sur le parking de l'hôtel.
Il ne veut pas me quitter comme cela.
On se suit pour quelques kilomètres.
Nous abandonnons mon véhicule près d'un village. Je le rejoins dans le sien. L'habitacle est saturé par Armani Mania, une série limitée que je retrouverai jamais par la suite. Nous errons dans la campagne. Sur un chemin de terre, nous abandonnons la voiture pour courir dans une forêt claire. Au bord des asperges sauvages, dans une petite clairière sous les pins, nous faisons l'amour encore une fois. La dernière peut-être, sans doute...
Il faut s'aimer, à tort et à travers.
Partir encore, traverser des silences lourds.
Il faut se quitter.
Il me rappelle que j'ai oublié d'équilibrer nos comptes. Il a pris de l'avance en réglant la chambre d'hôtel. J'ai honte d'avoir oublié, qu'il doive me le dire, de le sentir gêné et de gâcher un instant ce départ. Heureusement, j'ai assez de liquide.
Il faut partir.
S'embrasser encore.
Partir et ne garder qu'un flottement de parfum.
Se suivre encore jusqu'au péage. Avancer de front avant que de s'éloigner doucement en deux courbes opposées.
Un dernier regard, un salut de la main.
Puis cette solitude heureuse de l'avoir connu et de prendre cette aventure comme un don du ciel s'il en existait.





6 commentaires:

  1. Du grand estèf, avec toute son émotion.
    B

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  2. bonjour, c'ets beau et ça sent bon ... c'est doux aussi .. j'adore !! tu écris bien et c'est en fait ce que beaucoup aimerais vivre !!.
    Merci.
    O.

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  3. Merci à tous les deux et bienvenue dans les commentaires.
    C'est juste un peu frustrant de n'avoir que des initiales :)

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  4. Oui, ce texte réveille aussi en moi des souvenirs tendres et brûlants de brèves rencontres que nous aurions voulu prolonger, tout en sachant au fond de nous qu'elles auraient perdu leur panache...

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    1. Ah André ! L'aventure n'était pas finie, je ne savais pas alors que je le reverrais encore quatre fois - j'ai déjà publié la quatrième d'ailleurs - mais ce que j'ai toujours cru avec Maurice c'est que nous n'aurions justement pas perdu de panache...

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  5. très beau, très émouvant oui. ce type de relations qu'on a parfois la (mal)chance de vivre, car laissant ce goût d'inachevé, que le temps ne fait qu'embelir.(enfin , pas toujours). je te souhaite de le retrouver u jour, ce MAurice, même si de façon fugace.

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