vendredi 16 septembre 2016

Ces petits instants d'abandon

Combien de fois ai-je failli rater un départ ou une arrivée alors que j'avais tout bien organisé ou planifié ? Je suis coutumier des grains de sable qui viennent perturber des engrenages parfaitement huilés. Tiens ce matin par exemple, j'arrivais à l'aéroport de Bruxelles au moment idoine. Le réveil était programmé  à 3:55 précises. La navette quittait l'hôtel à 4:30, 5 minutes pour émerger alors que je n'aurait dormi que 3 heures, 15 minutes pour passer aux toilettes et prendre une douche, 5 autres pour ramasser mes effets dispersés et finir de boucler mes sacs, étaler la couette et passer une tête sous le lit - j'ai si souvent oublié des choses diverses, y compris un pantalon ou une veste - 5 en cas de débordement des tâches précédentes et 5 enfin pour descendre tranquillement au rez-de-chaussée et monter dans le bus. Je suis arrivé à la réception avec 10 minutes d'avance.
15 minutes plus tard j'étais dans le hall d'enregistrement après avoir passé le premier niveau de sécurité. A 4:53 mon bagage principal était déposé et je m'installais avec un double expresso, croissant et chocolatine en attendant l'embarquement prévu à 5:20. La connexion wifi me permettait alors me lancer dans la lecture de l'Obs... Non que les articles soient passionnants, l'analyse des virages et retournements de la formule 1 de notre politique spectacle, mais je glissais dans un espace temps parallèle pour en sortir à 5:17...
Il me restait à rejoindre la porte d'embarquement, arpenter un long couloir avec un nouveau contrôle de sécurité, remonter la galerie commerciale puis un hall interminable. J'avançais d'un pas de course, restait stoïque devant ce couple qui monopolisait une dizaine de bacs au contrôle, ouvrant encore ses valises en extrême limite et en retirant un objet sensible, pour arriver à la porte encore fermée sans avoir mis mon moteur interne en sur-régime.
Déjà la veille j'avais fait déraper l'organisation. J'avais réservé une chambre dans un hôtel low-cost de la zone aéroportuaire afin d'éviter un transport très matinal depuis le centre ville. Ce n'était pas une très bonne idée. J'étais arrivé directement depuis la Flandre plus tôt que prévu en fin d'après-midi et je n'avais guère envie de m'enfermer dans ce bloc en attendant qu'un sommeil tardif ne m'emporte. Je décidais d'aller faire un tour en ville boire une bière et grignoter quelque chose. La raison voulait que j'en reparte à 21:30 depuis la gare centrale afin de bénéficier de la dernière navette entre l'aéroport et l'hôtel situé à 1,6 km du susdit. 
J'avais choisi un bar gay où la pression s'avérait être une Jupiter, de quoi faire sourire les amateurs de bière belge... Il n'y avait pas grand monde, j'allais partir dans les temps mais je ne voulais pas quitter les lieux - ma première ou quasi dans un tel bar - sans faire un tour au sous-sol.
Un escalier très raide y descendait. Il y avait quelques gars installés dans un petit salon, matant la vidéo sans broncher sauf un jeune homme au look adolescent qui fumait en pianotant sur son phone. Je restais adossé au mur à l'entrée envisageant la scène comme un plan large. Un trentenaire assis sur le bord du canapé sous mes yeux a commencé à me dévisager. Il avait un visage ovale clair, il devait être roux quand il ne rasait pas ses cheveux. Il s'est levé pour s'appuyer à côté de moi. Son bras gauche ballant a commencé à m'effleurer avant que le contact ne devienne pression. J'ai dénoué mes mains jointes derrière le dos pour laisser passer  la droite derrière lui. Il l'a saisi et l'a serrée puis s'est retourné pour un face à face torride. Je te vois déjà imaginer du hot, du sexe lourd dans une coursive glauque. Rien de cela. Le lieu était vraiment un petit salon agréable avec une banquette moelleuse violine sur chaque longueur et au centre une table basse avec un cendrier et où l'on pouvait poser sa bière. Il n'y avait aucune invitation à la partouze débridée. Il est resté très soft donc mais avec tant de chaleur... je répondais à ses étreintes, ses caresses et ses baisers sur le même registre. Il me regardait parfois dans les yeux l'air grave puis souriait avant de repartir dans ses explorations si tendres. Puis l'air peiné, il m'a dit qu'il devait partir. Un train pour Liège l'attendait, et dans cette ville un garçon. Il a voulu savoir mon prénom, a murmuré "le bel Etienne", j'étais flatté, étonné de tant de ferveur, j'aurais bien voulu le garder un peu plus mais il ne pouvait pas. Il a déposé un dernier baiser léger sur mes lèvres et s'est sauvé, à regrets réciproques.
Il me restait un peu de temps avant de rejoindre la gare à mon tour...








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