samedi 29 août 2015

Te souviens-tu du sam-lo ?

Illustration de Georges Ruseckis pour Emanuelle (1979)
Il avance à de plus en plus petits pas, la tête inclinée dodelinante. Tous ces livres, toutes ces pages qu'il a lues. Je regarde les tranches, j'en sors un de temps de temps, je feuillette quelques pages. En deuxième rangée, comme au secret, je tombe sur cette édition de bibliophile sur papier bouffant.
Il lisait ce livre cet été-là où nous passions des vacances au bord de l'océan. Dans le journée, cet ouvrage à la couverture sombre n'était pas posé sur la table de nuit. Je l'avais surpris un soir en rentrant de mes pérégrinations nocturnes avant qu'il ne soit endormi. Il fallait que je passe par leur chambre pour rejoindre la mienne. Je lui avais demandé ce qu'il lisait. La réponse avait été très évasive. Ma curiosité s'était éveillée. Un livre secret ?
Dans la suite des vacances estivales, au pays taiseux, je n'entrais pas dans leur chambre. J'avais cherché à l'automne dans la bibliothèque de notre maison citadine. Rien. J'avais fouillé dans leur chambre. Dans la table de nuit était soigneusement rangée une bonne pile de revues qui montait presque jusqu'en haut. L'épaisseur des dos surélevait la face extérieure de la pile et ménageait une belle cachette à l'arrière. Il fallait s'accroupir devant la table de nuit pour comprendre. Dans la cachette, j'ai trouvé la trilogie érotique d'Emmanuelle Arsan, en une jolie édition illustrée par Georges Ruseckis. Pendant quelques semaines, je suis venu lire ici le premier tome quand j'étais seul dans la maison. Je n'ai pas trouvé l'histoire passionnante quoique certains passages soient plutôt excitants. Il y avait beaucoup de longueurs par rapport aux feux des actions que je découvrais. Je comprenais au fil des pages que le guide d'Emmanuelle était sensible aux attraits des deux sexes et sans doute plus au masculin. La fin me réservait une surprise émotionnelle. Après une nuit interminable, le couple revient en sam-lo. L'homme invite le chauffeur à se joindre àeux. L'image illustre ce qu'il se passe ensuite dans ce trio où tu imagines sans peine quelle est la place du chauffeur. Ce dernier chapitre était très bref, plus évocateur que très explicite. Il avait donné une perspective nouvelle à l'ingénuité de mes dix-huit ans. J'ai survolé les deux autres, recherchant surtout les scènes de sexe mais il ne m'en reste aucun souvenir. Seul était restée la scène avec le sam-lo, que je relisais cet été après toutes ces années.




5 commentaires:

  1. Tu nous mènes du pays taiseux vers les terres d'Hermès.

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  2. Non pas ; mais il y a parfois des odeurs insaisissables.

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  3. Oui, je me souviens du sam-lo. Je l'avais oublié. Je me souviens d'autres scènes, aussi. Celle où David est assoupi, nu sur son lit?

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    1. Pas de souvenir de David assoupi, c'est quelle page, je ne vais pas tout relire :) ?

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