mercredi 19 février 2014

J'avais les yeux ouverts

Je regarde ce qui nous reste quand le temps est passé. J'ai parfois souffert de ma mémoire trop grande et trop précise. Se souvenir est une peine quand on se souvient trop.
Tous ces détails qui encombrent l'esprit et les relations. Ces traces de sentiments dont on garde la marque alors que les autres ont oublié. Les réactions que l'on a parce que l'autre a dit un jour des choses vite effacées. À quoi bon. Et pourtant, ce peut être si doux de se souvenir. Et pourtant je ne regrette pas la béquille mémorielle que je fus pour ma chère veuve noire. Ce que j'ai pu approcher d'elle et de nous tous.
Je regardais les photos fanées et les images à fleur de mémoire.
J'étais né les yeux ouverts et dès ce jour je regardais le monde avec ce regard particulier qui a souvent troublé si ce n'est inquièté. Et de toujours, je me suis demandé je crois d'où je tenais ça, qui m'avait transmis cette fêlure et cette force à la fois. Il est sans doute trop tard pour savoir, je n'ai qu'hypothèses mais il me plait de penser que ça vient de par là, que j'ai pu être construit par ces trois femmes comme chiens et chats, avec la trace de l'absent, celui que je n'ai pas connu mais qui a toujours été là.
J'étais né les yeux ouverts.

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