lundi 17 février 2014

Fratricide

On nous a annoncé officiellement ce que je savais déjà, que son état allait inexorablement se dégrader et que les soins finiraient par être inutiles et qu'alors, il faudrait décider de la laisser partir, si elle-même n'a pas déjà abandonné avant.
Je savais cela mais je suis étonné de voir que mes frères plus âgés ne le réalisent vraiment que maintenant. De mon côté, je vois le chemin qu'il leur reste à faire, eux qui ont été assez loin moralement toutes ces années, et tout d'un coup c'est leur vie qui se trouve devant eux, leur enfance qui leur revient d'une certaine manière - ils n'ont pas cette habitude que j'ai car ils croyaient être détachés - et à cette occasion il m'est assez remarquable de vérifier que je n'existe pas pour eux ou plutôt que je suis resté l'enfant tardif dont au final il n'ont pas vu et compris grand chose. Ça ne me gêne pas, je me contente de leur rappeler de temps en temps quelques repères, mais je crois que je vais plutôt en rester à les observer, tout en faisant ce que j'ai à faire. J'ai connu cela déjà une fois sous une autre forme, la veuve noire à la fin de sa vie me reconnaissait mais avait oublié tout le temps que j'avais passé avec elle, seuls lui remontait les souvenirs plus anciens avec mes frères. Voilà ce que c'est que d'être d'une autre époque dans une fratrie. Au final, n'ai-je pas toujours été, à la limite du jeu de mot, un enfant unique. A se demander, si le monde que j'avais connu avait réellement existé.

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